Cécile Brosset, directrice de l’Alliance Française d’Utrecht

Diplômée d’une école de commerce en 2009, Cécile Brosset travaille sept ans dans le secteur culturel public en France, notamment au sein de la Bibliothèque nationale de France et du Ministère de la Culture et de la Communication. Elle passe, en 2017, le concours interne de l’ENA. Elle rejoint ensuite l’inspection générale de l’administration (IGA), puis s'installe aux Pays-Bas avec sa famille où elle prend la direction de l’Alliance Française d’Utrecht en juin 2021.

Comment avez-vous conçu et orienté votre trajectoire professionnelle ?

Après une école de commerce, j’ai rejoint un peu par hasard le service public car je souhaitais avant tout travailler dans la culture. Après 7 années passées entre le ministère de la culture et deux établissements publics, j’ai intégré l’ENA puis bifurqué vers le ministère de l’Intérieur en devenant inspectrice de l’administration. Je n’ai, de ce fait, pas vraiment le sentiment d’avoir conçu et orienté ma trajectoire professionnelle mais plutôt d’avoir posé progressivement des jalons en suivant à la fois mon instinct, mes centres d’intérêt en termes de politiques publiques ainsi les personnes avec lesquelles j’avais envie de travailler. Mon fil directeur a cependant été le désir d’œuvrer pour l’intérêt général, qui donne et a toujours donné un sens profond à mon travail.

Quelle a été votre expérience de l’égalité femmes-hommes dans la fonction publique ? Cela vous a-t-il donné envie de vous engager pour cette cause ?

Lors de mes premières années professionnelles, j’ai eu la chance de ne pas être confrontée à des difficultés particulières concernant l’égalité femmes-hommes. Les choses se sont en revanche compliquées quand je suis devenue maman. Que ce soient les retours pénibles de congé maternité, les horaires décalés dans certaines administrations (le fameux 10h-20h très pénalisant pour les parents), le présupposé qu’une maman est moins disponible et moins apte à manager qu’un papa, la crainte suscitée par les temps partiels, la conciliation vie professionnelle-vie personnelle reste bien difficile, surtout pour les femmes.  Je n’ai donc pas cessé de m’investir depuis pour une meilleure prise en compte de la parentalité dans la fonction publique, sujet qui concerne autant les pères que les mères. Ma petite victoire à ce sujet a été le fait d’accoucher deux mois avant les épreuves de sortie à l’ENA et de continuer à allaiter pendant toute la période d’examen, grâce à une organisation bien rodée et à l’aide précieuse de l’école qui m’a suivie dans cette aventure !

Quelles solutions recommanderiez-vous pour promouvoir l'égalité F/H dans la fonction publique ?

Le présentéisme reste pour moi la plaie du service public. C’est étonnant de voir à quel point les horaires à rallonge sont valorisés en France alors qu’ils sont avant tout le signe d’une mauvaise organisation dans de nombreux pays. La mesure de la performance des managers publics ne devrait passer que par l’évaluation de l’atteinte de leurs objectifs et non par la prise en compte du temps passé au bureau qui donne aujourd'hui, à tort, un signe positif de leur implication dans le travail. La généralisation du télé-travail avec la crise du Covid a cependant enclenché une petite révolution qui pourrait avoir à terme des effets très bénéfiques en responsabilisant davantage les agents publics et leur donnant une plus grande liberté d’organisation.

Quels conseils auriez-vous souhaité recevoir lorsque vous avez démarré votre carrière ?

Celui d’oser ! Et de se dire que c’est possible de mener une belle carrière sans sacrifier pour autant sa vie familiale, à condition d’être capable de faire parfois des compromis et d’avoir une organisation efficace. J’espère cependant sincèrement que les réformes de la haute fonction publique qui s’annoncent ne feront pas fuir les femmes entre 30 et 45 ans au moment où elles sont souvent le plus sollicitées d’un point de vue personnel et professionnel.

Entretien avec Cécile Brosset réalisé par Angélique Peyrot dans le cadre de l'association ENA 50/50.