Caroline Gadou, Sous-préfète de la Tour du Pin

Comment avez-vous conçu et orienté votre trajectoire professionnelle ?

J'ai fait le choix d’orienter mon parcours essentiellement vers l’action territoriale, au sein d’une collectivité et surtout du corps préfectoral. Mais j’ai également voulu diversifier mes expériences professionnelles, en découvrant l’administration centrale (à la Délégation générale à l'emploi et à la formation professionnelle) et la Présidence du Sénat. Ce parcours varié est très enrichissant et stimulant, mais avec des mobilités géographiques très fréquentes et des responsabilités prenantes, l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est un combat de chaque instant.

Quelle a été votre expérience de l’égalité femmes-hommes dans la fonction publique? Cela vous a-t-il donné envie de vous engager pour cette cause ?

Mes fonctions m’ont amenée à travailler pour l’essentiel dans des univers où la plupart des responsabilités sont assurées par des hommes, qu’ils soient responsables des services de l’État, élus ou chefs d’entreprises. Lorsque j’ai pris mon premier poste dans le corps préfectoral à 29 ans, les femmes étaient peu nombreuses, les trentenaires encore moins ! Si je n’ai jamais eu le sentiment d’être pénalisée en raison de mon genre, il faut reconnaître que la présence beaucoup plus importante des femmes parmi les élus ou dans le corps préfectoral contribue à faire évoluer la vie publique et facilite l’intégration des femmes.

Quelles solutions recommanderiez-vous pour promouvoir l'égalité F/H dans la fonction publique ?

Les règles de la fonction publique sont insuffisantes pour permettre un égal accès des hommes et des femmes à certaines responsabilités, notamment aux postes de direction. Il est donc à mon sens indispensable de recourir aux quotas pour lever le plafond de verre. Au Ministère de l'Intérieur, cette mesure a été un véritable accélérateur dans la nomination des femmes comme sous-préfètes sur des postes difficiles ou comme préfètes. En parallèle, il est également important de faire évoluer les méthodes de management : des pratiques managériales bienveillantes et participatives, une culture de la gestion du temps moins orientée vers le présentéisme, rendront certains métiers et univers professionnels beaucoup plus attractifs.

Quels conseils auriez-vous souhaité recevoir lorsque vous avez démarré votre carrière ?

Les femmes doivent se convaincre de deux choses, notamment quand elles débutent leur carrière. La première est qu’il faut oser saisir les opportunités. L’autocensure est un frein terrible qui touche davantage les femmes. C’est particulièrement le cas lorsque de nouvelles responsabilités sont proposées. On voit trop souvent les femmes hésiter, pour des raisons personnelles ou par manque de confiance en leurs capacités, et ne pas s’autoriser à prendre un nouveau poste. N’oublions pas que dans la même situation, la plupart des hommes n’hésitent pas une seconde !

La seconde concerne la sororité. La possibilité de se référer à des modèles féminins inspirants et le soutien que les femmes peuvent s’accorder mutuellement, via notamment le mentorat, sont des atouts pour construire son parcours.

Entretien avec Caroline Gadou réalisé par Gaël Lancelot dans le cadre de l'association ENA 50/50.