Adrienne Brotons, Directrice adjointe des projets de mobilité autonome chez Renault-Nissan-Mitsubishi

Originaire de l'Essonne, Adrienne Brotons étudie jusqu’au bac au lycée public Jean-Baptiste Corot avant d’intégrer Sciences Po Paris après une année d’Hypokhâgne. A sa sortie de l’ENA (promotion Jean-Jacques Rousseau, 2010-2011), elle choisit l’Inspection générale des finances. Après seulement 3 années, elle est repérée par l’Elysée qui lui propose un poste de conseillère numérique et économie du Président de la République. Enthousiasmée par l’innovation privée dans ces deux domaines, elle rejoint le groupe Renault-Nissan-Mitshubishi où elle co-dirige le projet de développement de la voiture autonome.

Comment avez-vous conçu et orienté votre trajectoire professionnelle ?

Le choix que j’ai fait, c’est de faire les choses qui me plaisaient immédiatement. Je n’ai jamais sacrifié le court terme au long terme. Je pense que nos carrières ne sont plus aussi linéaires que celles qu’ont connues nos parents. Et j’ai aussi du mal à être performante lorsque les sujets ne m’intéressent pas. A l’Inspection générale des finances, j’ai demandé à travailler sur des sujets qui m'intéressaient, qui n’étaient pas toujours les plus valorisés. De même, lorsque j’ai rejoint l’Elysée, mon poste n’était pas encore bien défini et je ne savais pas ce que je ferai après. Mais l’aventure me tentait, et quand on est motivée, on réussit mieux.

 Quelle a été votre expérience de l’égalité femmes-hommes dans la fonction publique? Cela vous a-t-il donné envie de vous engager pour cette cause ?

Dans ma promotion, à la direction du Trésor, à la direction du budget, aux postes économiques, les recrutements ont été très majoritairement masculins. Ce n’était pas lié à une autocensure féminine, puisque, pour ma promotion, le choix du ministère s’imposait aux sortants de l’ENA. Les candidatures féminines ont donc moins convaincu les recruteurs de ce ministère. Par ailleurs, certains recruteurs avaient indiqué qu’ils recherchaient des “moines soldats”, ce qui a pu faire peur à certaines candidates. Dans ces ministères, la surreprésentation des hommes peut impacter les conditions de travail, par exemple en valorisant davantage le présentéisme au détriment de l’équilibre familial, ou en compliquant un peu l’intégration des femmes dans un “networking” masculin. Pour autant, je n’ai jamais eu l’impression d’avoir été mise de côté ou d’avoir eu des difficultés dans ma carrière du fait de mon sexe. J’ai appris à créer ma propre façon de travailler et de networker, qui ne passe pas seulement par les réseaux de femmes.

Quelles solutions recommanderiez-vous pour promouvoir l'égalité F/H dans la fonction publique ?

Tout d’abord, je pense que les quotas restent une bonne solution et qu’ils ont fait leurs preuves dans l’administration. Je pense qu’il faut continuer avec ce système de quotas pour favoriser l’insertion des femmes, qui ne semble pas pouvoir se faire sans. Les initiatives comme le mentorat et le partage d’expérience entre femmes sont aussi très utiles. C’est un peu ce qui m’a manqué à Bercy. Les jeunes femmes qui entrent dans la vie active ont souvent des questions spécifiques sur la façon de se positionner dans les réunions, de s’habiller, comme le port de la veste ou du tailleur pour être « crédible ». Par exemple, je vous confesse que lorsque j’ai pris mon poste à l’IGF, j’avais acheté un livre qui m’avait fait beaucoup de bien, “être femme au travail”, de Anne Cécile Sarfaty, qui répond à ces questions toutes simples, mais que l’on n’ose pas poser à son entourage professionnel

Quels conseils auriez-vous souhaité recevoir lorsque vous avez démarré votre carrière ?

J’aurais aimé qu’on me dise “tu es légitime”. J’avais un certain problème d'affirmation, lié au fait que je n'avais pas fait beaucoup de stages avant. Je sortais d’un monde très académique pour arriver dans le monde professionnel,  ; je ne savais pas prendre la parole en public quand on ne me la donnait pas. Or, on progresse aussi en sachant s’affirmer, en se faisant remarquer, ce qui nécessite de se sentir légitime.

Entretien avec Adrienne Brotons réalisé par Camille Leboeuf dans le cadre de l'association ENA 50/50.