Sarah Finkelstein, Cheffe du bureau Stabilité financière, comptabilité et gouvernement des entreprises à la Direction générale du Trésor

Comment avez-vous conçu et orienté votre trajectoire professionnelle ?

Ma conviction, c’est que la France peut améliorer, à l’instar d’autres pays, les interactions entre l’administration et les entreprises. Je suis convaincue qu’il faut constituer un vivier de personnes capables de connaître suffisamment bien l’environnement concurrentiel et les logiques microéconomiques dans lesquels évoluent les entreprises pour concevoir des politiques économiques efficaces, au service de l’intérêt général, de l’innovation, de l’emploi et de la compétitivité de notre territoire.

J’ai recherché des fonctions sur cette ligne de crête, ce qui m’a amenée à choisir le Trésor et le service du financement de l’économie où j’ai exercé au sein du bureau épargne et marchés financiers puis au Comité interministériel de restructuration industrielle, puis au bureau de la stabilité financière, de comptabilité et de gouvernance des entreprises, après un poste de conseillère en cabinet ministériel.

Quelle a été votre expérience de l’égalité femmes-hommes dans la fonction publique ? Cela vous a-t-il donné envie de vous engager pour cette cause ?

Si le principe « à travail égal, salaire égal » est respecté dans la fonction publique, l’accès aux postes les plus sélectifs était jusqu’à il y a peu très difficile pour les femmes par un double effet d’autocensure et de discrimination. Je viens d’avoir une petite fille, une large partie de mes interlocuteurs considéraient qu’il n’était pas possible ou pas souhaitable de poursuivre un poste très exigeant, alors que ce point de vue n’entre jamais en considération dans le recrutement de mes collègues masculins du même âge ayant également des enfants en bas âge. J’ai été discriminée à plusieurs reprises. Je m’attendais à cette situation dans le secteur privé lorsque ce fut le cas par des chasseurs de tête, j’ai été plus surprise que cela soit parfois le cas dans la fonction publique. Je suis désormais très sensibilisée et engagée pour accompagner des femmes dans leur carrière.

Quelles solutions recommanderiez-vous pour promouvoir l’égalité F/H dans la fonction publique ?

Il y a deux ans encore, j’étais contre les quotas estimant qu’il était très désagréable d’obtenir un poste, notamment en raison de son genre. A titre personnel, je suis désormais favorable à l’instauration de quotas contraignants à moyen terme pour assurer une représentation équilibrée des femmes dans les postes de cadres dirigeants dans les grandes entreprises. Je considère que c’est un mal nécessaire, le temps de faire évoluer les mentalités. Heureusement, je constate avec satisfaction que le changement est plutôt rapide et qu’il est notamment porté par les hommes de notre génération qui souhaitent s’investir davantage dans leur vie familiale.

Quels conseils auriez-vous souhaité recevoir lorsque vous avez démarré votre carrière ?

Un mentorat systématique est très utile, tout au long de sa carrière. C’est au contact de femmes inspirantes que, dans les périodes de doute, j’ai gardé confiance dans ma capacité à conserver exigence professionnelle et personnelle et j’ai reçu des conseils précieux et concrets pour avancer ou simplement des encouragements et de la bienveillance lorsque j’en avais besoin. Pour limiter les sacrifices, il faut aussi anticiper au maximum l’organisation, sans laquelle rien n’est possible, et bien s’entourer. Mon conjoint est le premier à soutenir mes projets professionnels ; j’ai fait le choix de retravailler avec un chef qui évalue selon les performances plutôt que les horaires de présence et j’échange régulièrement avec des femmes qui rencontrent les mêmes défis. L’essentiel est de se sentir soutenue au quotidien dans son entourage personnel et professionnel.