Lucile Josse, Secrétaire générale de la préfecture de l'Indre

Comment avez-vous conçu et orienté votre trajectoire professionnelle ?

Je suis toujours en train de la concevoir, et je me pose beaucoup de questions ! J'appartiens à une génération (je viens d'avoir 29 ans) qui attend beaucoup du monde du travail, et notamment qu'il lui laisse la possibilité d'avoir une vie personnelle épanouie et épanouissante. Mes principales décisions de carrière ont été mon poste de sortie ENA (j'ai choisi de rejoindre la direction générale des collectivités locales, sur un poste d'administratrice civile a forte dimension technique) puis de privilégier un poste dans le corps préfectoral a l'issue de cette première expérience. J'ai choisi cette option en raison de l'expérience de management quelle offrait, mais aussi en me disant que je souhaitais expérimenter cela jeune. Pour la suite; c'est assez ouvert, je souhaite tenter d'avoir des expériences variées  (en collectivité et en association par exemple) tout en ayant pour fil conducteur ma carrière au ministère de l'intérieur.

Quelle a été votre expérience de l’égalité femmes-hommes dans la fonction publique ? cela vous a-t-il donné envie/l’opportunité même ponctuellement de vous engager pour cette cause ?

Dans ma promotion de l'ENA, nous n'étions que 11 filles sur les 43 lauréats du concours externe. Croyez-moi, cela fait peu ! Je n'étais pas particulièrement sensibilisée aux questions d'égalité femme-homme avant cela. Depuis, Je suis convaincue qu'une vraie parité aux concours est le gage d'une vraie égalité dans la suite de la carrière. En administration centrale je n'ai pas senti que le genre avait un impact sur la manière dont j'étais perçue : un bon technicien qui rédige bien (les notes comme les textes juridiques) est un bon technicien qui rédige bien. En revanche, et cela rejoint mon premier point, j'en ai gardé la conviction que les équipes mixtes sont celles qui marchent le mieux. Arrivée comme secrétaire générale de préfecture, je me suis posée beaucoup de questions sur l’autorité ; et le management au féminin. En en parlant avec une amie professeur de philosophie qui travaille sur la question de l'autorité, On s'est rendu compte qu'il existe dans la littérature ou la philosophie en définitive peu d'exemples d 'incarnation de l'autorité au féminin. Or, les modèles nous font grandir, et le genre reste l'un des déterminants de l'identification. Pour moi, c'est l'un des aspects à travailler : en tant que jeune femme sur un poste qui avait essentiellement été occupée par des hommes, j'ai eu l'impression que j'avais tout à inventer. Que je devais trouver une manière d'incarner l'autorité, de me faire respecter des élus et de mes collaborateurs, tout en restant moi-même, et sans donner l'impression de "jouer à la cheffe"! Exercice compliqué.

Quelles solutions recommanderiez-vous pour promouvoir l’égalité F/H dans la fonction publique ?

Le mentorat ! Je pense que les ministères devraient systématiquement nous attribuer (aux hommes comme aux femmes) un parrain quand nous commençons notre carrière, comme à l'ENA. Si possible du même sexe/genre. Et continuer à promouvoir des horaires compatibles avec une vie de famille, en dehors des périodes de rush bien sûr. Notre métier, c'est de pouvoir faire face à l'urgence en toutes circonstances et d'être parfaitement réactifs lorsqu'il le faut.  Mais tout est question d'équilibre.

Quels conseils auriez-vous souhaité recevoir lorsque vous avez démarré votre carrière ?

J'aurais souhaité que l'on me rappelle, lorsque j’étais à l'ENA, de profiter de chaque expérience pour apprendre au maximum. J'aurais aussi voulu que l'on me dise de ne pas me laisser démonter par les critiques. De ne pas tout attendre de l'évaluation ou du regard des autres mais de me demander ce que moi je voulais. Mais j'ai une bonne nouvelle: la maturité vient en travaillant.