Emmanuelle Dubée, Préfète déléguée pour la défense et la sécurité

Comment avez-vous conçu et orienté votre trajectoire professionnelle ?

Pendant ma scolarité à l'ENA, l'expérience du stage en préfecture a été déterminante. Je savais que ce métier du corps préfectoral me plairait et m'apporterait de la satisfaction pour une carrière entière dans le secteur public. Par la suite, je ne me suis jamais interdit de souhaiter un poste dont j'avais envie, même si, à certains moments, ce poste m'apportait aussi la satisfaction d'avoir plus de temps pour accompagner mes enfants à l'école. Le ministère de l'intérieur propose une grande variété de missions et de responsabilités. Il offre un contact avec la population, les préoccupations concrètes des citoyens, le contact avec la vie du quotidien. Cette variété d'expériences et de missions m'ont beaucoup apporté.

Quelle a été votre expérience de l’égalité femmes-hommes dans la fonction publique? Cela vous a-t-il donné envie de vous engager pour cette cause ?

A l'exception de très rares cas de remarques sexistes, je n'ai jamais constaté de discrimination à mon encontre dans la fonction publique. Au contraire, j'ai eu le sentiment d'une ouverture pour les femmes, d'une volonté de les encourager à se lancer, à oser. Il est vrai que les femmes sont moins nombreuses à certain niveau de postes, encore aujourd'hui ; mais il y a une vraie volonté en France de corriger cet état de fait. Pour les femmes nommées dans des fonctions à responsabilité élevée, c'est aussi une grande responsabilité que d'être à la hauteur de cette confiance donnée. Notre façon de nous comporter et notre réussite conforteront l'image positive des femmes dans des fonctions à responsabilité. Tout en étant consciente qu'il y a encore du chemin à faire pour une parfaite égalité, j'avoue n'avoir jamais véritablement eu envie de m'engager sur la parité professionnelle, je n'en fais pas un cheval de bataille pour ma part.

Quelles solutions recommanderiez-vous pour promouvoir l’égalité F/H dans la fonction publique ?

Je pense qu'il faut donner confiance aux femmes, leur dire qu'elles sont légitimes et tout aussi capables de réussir. Plus il y aura de femmes dans des postes à responsabilité, moins nous apparaîtrons comme des exceptions placées là pour tenir un quota ou donner bonne conscience. Un axe fort passe donc par la lutte contre les stéréotypes, qui amènent encore trop souvent les femmes à s'exclure avant même d'avoir véritablement songé à ce qu'elles pourraient apporter à la haute fonction publique.

Quels conseils auriez-vous souhaité recevoir lorsque vous avez démarré votre carrière ?

Avant le départ de ma promotion en stage, le directeur de l'ENA nous avait dit : dans le doute, souriez ! C'est un excellent conseil. J'y ajouterais qu'il est bon de douter pour progresser. J'aurais peut-être eu plus de sérénité si l'on m'avait dit que les choix que l'on fait en début de carrière ne sont pas définitifs : on peut bien sûr les confirmer, mais aussi, si l'on en a envie, se réorienter, apporter sa touche de personnalité dans un autre secteur . Mon conseil : soyez heureux, vous aurez encore plus à donner à vos équipes et à vos missions.