Ali Ferhi: ”J’étais ingénieur télécoms et je suis devenu haut fonctionnaire”

  • Pouvez-vous vous présenter et présenter votre parcours avant votre entrée à l’ENA ?

46 ans, marié et père de deux enfants. Je suis né et ai grandi à Tours, élevé dans un milieu modeste. Après avoir obtenu une maîtrise de physique à l’Université Pierre et Marie Curie, j’ai enchainé par un diplôme d’ingénieur en télécommunications  de l’Institut Galilée, situé sur le campus de l’Université Paris XIII à Villetaneuse. Je suis également titulaire d’un MBA de l’IAE de Paris. Je me considère comme un pur produit de la méritocratie républicaine.

En 2000, je débute ma carrière comme ingénieur d’études radio à la direction technique de Bouygues Télécom. En 2002, je rejoins le groupe France Télécom pour y occuper différents postes durant huit ans : responsable des programmes 2G/3G chez Orange, ingénieur d’affaires puis directeur marketing chez Orange Business Services. En parallèle à mes activités professionnelles, j’ai enseigné l’ingénierie des réseaux mobiles à Centrale Paris, Télécom Paris et HEC pendant plusieurs années.

  • Pouvez-vous décrire la ou les expériences les plus enrichissantes de votre carrière de haut fonctionnaire ? Les moments clés de votre parcours ?

 Nommé administrateur civil à la Direction générale des ressources humaines (DGRH) du Ministère de lʼEnseignement supérieur, de la Recherche et de lʼInnovation (MESRI) à ma sortie de l’ENA fin 2012, j’occupais alors la fonction de chef du département des enseignants-chercheurs hospitalo-universitaires. Ces derniers sont à la fois sous la tutelle du ministère de la santé et de celle du supérieur. Cette première expérience interministérielle fut passionnante à plus d’un titre. Je travaillais ainsi en étroite coopération avec les centre hospitaliers universitaires (CHU) et les doyens des facultés de médecine de toute la France.

En 2015, j’ai effectué ma mobilité statutaire à l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) comme directeur des relations avec les universités et les organismes de recherche. Pendant 4 ans à l’AP-HP, l’un des plus grands et prestigieux CHU d’Europe, j’ai pu m’investir sur des projets motivants liés aussi bien à l’innovation biomédicale qu’aux formations de santé. J’ai eu la chance de collaborer au quotidien aussi bien avec des sommités médicales de la recherche clinique que des soignants engagés au service des patients. Cela vous rend à la fois humble et fier de soutenir le service public de santé.

Depuis juillet 2019, je suis Secrétaire général de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN). Dans cet institut à taille humaine, je traite diverses problématiques du management public à hauteur d’homme. C’est exigeant et formateur à la fois. Je m’investis aussi dans la transformation de l’organisation et de l’offre de formation de l’IHEDN. Enfin, en tant qu’ancien auditeur de l’IHEDN, je peux, à ce poste, continuer d’approfondir mon intérêt pour les enjeux de défense et de sécurité.

  • Que vous a apporté le fait de faire l’ENA ? En quoi avez-vous grandi ?

En rejoignant la haute fonction publique par l’ENA, je travaille désormais au service de nos concitoyens, ce qui procure une gratification morale unique.Grâce à l’ENA, j’ai réussi ma mutation de cadre supérieur du privé en un haut fonctionnaire rompu aux techniques de gestion publique et maîtrisant l’ingénierie des politiques publiques.Avec le recul, le point fort de la formation proposée par l’ENA est son caractère généraliste et opérationnel visant à éclairer la prise de décision publique. Cet atout unique fait de moi un haut fonctionnaire de terrain, à la fois mobile intellectuellement et fidèle aux valeurs qui fondent et font notre pays.

  • En quoi le fait d’être devenu haut fonctionnaire après une première vie professionnelle, a-t-il constitué un atout dans votre contribution à la mise en œuvre d’une politique publique ? de réformes ? N’hésitez pas à donner un exemple. 

Avoir une première expérience professionnelle dans le privé, notamment en management direct et transverse, a grandement facilité la prise de poste pour diriger des équipes. Ma forte culture en management de projets complexes m’est précieuse, pour réussir à concevoir et piloter en mode matriciel les politiques publiques attendues. Autre exemple plus systémique, les acteurs de recherche publique (Établissements publics à caractère scientifiques - EPST, ainsi que culturels et professionnels - EPSCP, de santé - EPS, etc…) diversifient de plus en plus leurs ressources financières en mobilisant le secteur privé, à la fois comme co-financeur et co-innovateur. Les Instituts hospitalo-universitaires (IHU) financés par le Programme d’investissements d’avenir (PIA) sont un exemple. Un équilibre est donc à trouver entre l’indispensable soutien public à apporter à la recherche fondamentale et les incitations pour construire des programmes technologiques de recherche appliquée créateurs de croissance économique et d’emplois. Mon profil privé-public et ma double formation Ingénieur/ENA ont été des atouts dans la mise en œuvre des programmes d’investissements du PIA lors de mes précédentes fonctions à l’AP-HP.

  • Pourriez-vous partager une anecdote qui est particulièrement mémorable d’une situation professionnelle au cours de votre carrière ?

En février 2013, à peine sorti de l’ENA, j’ai eu l’opportunité de participer avec des camarades de promotion à une table ronde d’un colloque de trois jours organisé conjointement par l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et le Conseil d’Etat. L’intitulé était "Faire des choix ? Les fonctionnaires dans l’Europe des dictatures, 1933-1948". L’inauguration de la manifestation avait été faite par le Président de la République dans le grand amphi de la Sorbonne. Le succès des conférences présidées par le Vice-président du Conseil d’Etat  fut tel que les actes du colloque ont été publiés à la Documentation française. C’est un très beau souvenir pour démarrer sa carrière dans la fonction publique.

  • Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui, après une première expérience dans le privé, souhaite s’engager au service de la puissance publique ?

Tout d’abord de partager son souhait avec sa famille car intégrer la haute fonction publique, via des concours par exemple, exige beaucoup d’efforts préalables ayant inévitablement des conséquences sur son entourage. Ce projet de vie est donc une aventure collective qui requiert le soutien et l’adhésion de sa famille. Etre au clair avec soi-même pour identifier précisément les raisons profondes entraînant ce changement radical de carrière, afin d’en analyser toutes les implications dans la durée. Au-delà d’une vocation tardive et sans verser dans l’irénisme, c’est au travers du prisme de l’engagement pour l’intérêt général que doit être mené ce travail d’introspection.Ne pas hésiter aussi à rencontrer des hauts fonctionnaires qui ont fait ”le grand saut” pour échanger avec eux. Pour finir, n’évoquant que mon cas personnel, j’encourage tout cadre du privé à se mettre au service de la puissance publique s’il se sent prêt. Le jeu en vaut largement la chandelle.

  • Enfin, en quelques mots…
  • Les causes qui vous tiennent à cœur : L’éducation, l’égalité des chances, la justice sociale, la promotion des valeurs républicaines.
  • Une lecture inspirante : ”Le savant et le politique”, de Max Weber
  • Une citation qui vous inspire : ”Ce n’est pas parce-que les choses sont difficiles que nous n’osons pas mais c’est parce que nous n’osons pas que les choses sont difficiles” Sénèque
  • Le meilleur conseil qu’on vous ait donné : Le plus beau reste toujours à venir.

Entretien avec Ali Ferhi réalisé par Olivier Myard, pour l'association ENA3C