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Impacts des programmes d'ajustement structurel...au Niger / B. TIEMOGO

 

Impacts des Programmes d’Ajustement Structurel sur le Fonctionnement de l’Administration Publique au Niger

Boubakar TIEMOGO (CIC 2000) 

Résumé

Au milieu des années soixante dix, alors que les autres pays africains subissaient les contre-coups des chocs pétroliers, le Niger connaissait une période de croissance exceptionnelle grâce à la place stratégique subitement acquise par l’uranium, sa principale ressource d’exportation.

La rente uranifère servit de gage au financement à crédit d’un vaste programme d’investissement. Les partenaires financiers internationaux misaient sur le maintien des cours élevés de l’uranium. Malheureusement, le marché de ce produit se retourna brutalement au début de la décennie 80, pendant que les principales dettes du pays arrivaient à échéance. La croissance commença à stagner, les finances publiques devinrent chroniquement déficitaires, la balance des paiements se trouva considérablement déséquilibrée, le pays était menacé de banqueroute.

Il n’y avait aucune autre alternative à l’ajustement structurel. Aussi, à partir de 1983, le Niger a- t-il négocié et conclu avec les institutions de Bretton Woods une série de programmes pour rétablir les équilibres macroéconomiques et retrouver le chemin de la croissance.

Ces programmes et leurs conditionnalités ont eu des répercussions sur le fonctionnement de l’Etat et par voie de conséquence sur celui de son outil principal qu’est l’administration publique.

Pour le FMI et la Banque Mondiale, il est illusoire de vouloir atteindre les objectifs des PAS sans avoir au préalable amélioré l’efficacité et l’efficience de l’administration. Tous les PAS ont donc fait de la réforme de l’administration publique un impératif. Cependant, l’autre impératif desPAS - la résorption du déficit budgétaire - impliquant la limitation des moyens de fonctionnement de l’administration, paraît incompatible avec les exigences d’une réforme administrative de qualité. N’est –il donc pas utopique de vouloir tenir le pari d’une réforme efficace de l’administration publique en période d’ajustement ?

Ce pari est d’autant plus difficile à tenir que le contexte général du Niger est marqué par des contraintes de tous ordres, caractéristiques des pays dits les moins avancés :

  • Un cadre physique présentant de fortes contraintes à l’expansion des activités économiques ;
  • Un cadre humain marqué par une croissance démographique incompatible avec la croissance économique ;
  • Des pesanteurs socioculturelles qui favorisent la résistance au changement.

 S’agissant de l’administration publique, sa situation, à la veille de la conclusion du premier PAS, est caractérisée par une organisation déstructurée, des rendements sans adéquation avec les coûts élevés de son fonctionnement.

Malheureusement, aujourd’hui, 12 ans après l’exécution de ce premier PAS, le traitement appliqué à cette administration ne semble pas avoir résolu les problèmes diagnostiqués. Certaines des mesures retenues ont eu des effets parfois contraires aux attentes :

  • Dans les secteurs de l’éducation nationale et de la santé publique, les mesures de limitation des moyens ont tellement perturbé le fonctionnement des services que les politiques adoptées en la matière ont été fortement compromises. Aujourd’hui, le taux de scolarisation reste stationnaire aux environs de 30% pendant que les maladies endémiques et les épidémies maintiennent les différents taux de mortalité aux niveaux les plus élevés d’Afrique.
  • Phénomène nouveau dans le secteur public, les grèves générales bloquent régulièrement le fonctionnement des services à telle enseigne que le principe de continuité de l’administration publique n’a plus qu’une réalité virtuelle. Ces grèves motivées par le rejet des PAS et de toutes leurs conditionnalités, particulièrement la réduction de la masse salariale, outre une perte moyenne de temps de travail de l’ordre de quarante jours par an, auront également eu l’inconvénient de faire perdre aux fonctionnaires le sens du service public et celui de l’intérêt général.
  • Les fortes réductions salariales, outre l’affairisme des fonctionnaires qu’elles ont induit, ont également eu pour conséquence la banalisation des phénomènes de corruption et de détournements de deniers publics.

Ces effets pervers des PAS sur l’administration publique représentent la manifestation de l’incompatibilité des exigences comptables de ces programmes avec les conditions optimales d’une bonne réforme administrative. Comme l’a dit J.P. Olivier de Sardan, « l’ajustement structurel […] s’est déployé sur le terrain comptable et non sur celui de la bonne administration ».

S’agissant de la réforme des textes statutaires et des décisions de redéploiements sectoriel et géographique des agents, leur portée a été très limitée. Elles n’ont pas pu entraîner un changement qualitatif de la culture administrative.

Quant aux administrations de mission et projets d’appui financés par les principaux bailleurs de fonds pour améliorer les prestations de certaines branches de la fonction publique, il s’agit de pis-aller qui ne pouvaient pas avoir d’effets d’entraînement sur le reste de l’administration publique.
Faut-il donc désespérer de réformer qualitativement l’administration publique ? Assurément non !
L’espoir réside dans la démocratisation progressive du pays. La démocratisation avec ses exigences de transparence, de justice, de responsabilité et d’imputabilité, aura certainement des impacts positifs sur l’administration publique qui verra naître une nouvelle culture administrative qui, au-delà de la fonction publique contribuera à réformer l’Etat nigérien et le conduira à l’ère de la bonne gouvernance.

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